FMI-Madagascar : le gouvernement défend le gel des prix du carburant tout en poursuivant les négociations sur les financements
Les discussions entre le gouvernement malgache et le Fonds monétaire international (FMI) restent ouvertes malgré le report de l'examen des programmes de financement du pays. Le ministre de l'Economie et des FInances, Herinjatovo Aimé Ramiarison affirme que les échanges avec l'institution de Bretton Woods se poursuivent dans un climat de dialogue, avec un seul point de divergence majeur : la suspension temporaire du mécanisme d'ajustement automatique des prix des carburants. Les autorités (…) - Economie
Les discussions entre le gouvernement malgache et le Fonds monétaire international (FMI) restent ouvertes malgré le report de l'examen des programmes de financement du pays. Le ministre de l'Economie et des FInances, Herinjatovo Aimé Ramiarison affirme que les échanges avec l'institution de Bretton Woods se poursuivent dans un climat de dialogue, avec un seul point de divergence majeur : la suspension temporaire du mécanisme d'ajustement automatique des prix des carburants. Les autorités assurent vouloir convaincre leurs partenaires financiers que cette décision répond à une nécessité économique et sociale, sans remettre en cause les engagements pris dans le cadre des réformes structurelles.
En marge de la présentation du rapport de politique monétaire de Banky Foiben'i Madagasikara, organisée au Carlton à Anosy, le Grand argentier a tenu à rassurer sur l'état des relations avec le FMI. Selon lui, il ne s'agit nullement d'une rupture des négociations, mais d'un différend ponctuel nécessitant des discussions complémentaires. Le gouvernement entend ainsi fournir des explications détaillées sur les raisons qui l'ont conduit à suspendre l'application du mécanisme d'ajustement automatique des prix à la pompe.
Cette décision a toutefois eu des conséquences immédiates sur le calendrier des financements internationaux. Le Conseil d'administration du FMI devait examiner, le 17 juillet, les troisième et quatrième revues des programmes soutenus par la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Finalement, ce point a été retiré de l'ordre du jour, entraînant le report du décaissement de 183 millions de dollars initialement prévus pour soutenir le budget de l'État.
Pour le gouvernement, ce désaccord ne remet pas en cause l'ensemble des engagements pris avec le FMI. Le ministre souligne que Madagascar respecte la quasi-totalité des critères et repères structurels exigés dans le cadre des deux programmes. La question du carburant demeure, selon lui, l'unique sujet de désaccord entre les deux parties.
Le mécanisme d'ajustement automatique des prix figurait pourtant parmi les conditions préalables à la mise en œuvre des accords conclus avec le FMI. Son objectif consiste à répercuter progressivement les variations des cours internationaux du pétrole sur les prix à la pompe afin de limiter les charges supportées par le budget de l'État. Mais face à la flambée des prix mondiaux du pétrole provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les autorités malgaches ont choisi de suspendre temporairement ce dispositif dans le cadre de l'état d'urgence énergétique.
Le gouvernement estime qu'une hausse immédiate des prix des carburants aurait des répercussions importantes sur l'ensemble de l'économie. Les coûts du transport, des produits de première nécessité et de la production augmenteraient rapidement, alimentant une inflation déjà préoccupante. Les autorités craignent également que cette situation ne fragilise le pouvoir d'achat des ménages et ne provoque des tensions sociales susceptibles de compromettre la dynamique actuelle de relance économique.
Dans cette optique, Madagascar prévoit de maintenir les prix des carburants à leur niveau actuel jusqu'à la fin de l'année 2026. Cette orientation est présentée comme une mesure exceptionnelle destinée à amortir les effets des chocs extérieurs. Le gouvernement précise qu'il ne renonce pas au principe de l'ajustement automatique mais souhaite simplement en différer l'application. Un retour progressif vers la vérité des prix est envisagé à partir de janvier 2027 afin de limiter les impacts économiques et sociaux.
Le FMI, de son côté, demande avant tout des garanties sur la soutenabilité financière de cette stratégie. L'institution souhaite connaître les modalités de financement des éventuelles subventions nécessaires pour compenser le gel des prix ainsi que les mesures prévues pour préserver l'équilibre budgétaire.
Pour répondre à ces préoccupations, le ministère de l'Économie et des Finances met en avant plusieurs leviers. Les autorités comptent renforcer les recettes fiscales, intensifier la lutte contre la fraude et la corruption fiscales, poursuivre la maîtrise des dépenses publiques et maintenir une politique d'endettement prudente. Ces efforts doivent permettre d'absorber le coût temporaire de la mesure sans compromettre la stabilité des finances publiques.
Parallèlement, le gouvernement entend accélérer plusieurs réformes structurelles, notamment dans le secteur de l'énergie. Le redressement de la Jirama ainsi que le développement des énergies renouvelables figurent parmi les priorités affichées afin de réduire progressivement la dépendance du pays aux centrales thermiques fonctionnant aux carburants importés.
Les autorités rappellent également qu'une délégation s'est déjà rendue à Washington afin de présenter ces arguments aux responsables du FMI. Si cette première démarche n'a pas permis d'obtenir un accord immédiat, Madagascar prévoit de poursuivre les discussions afin que son dossier puisse être inscrit à l'ordre du jour d'une prochaine réunion du Conseil d'administration prévue à la fin du mois d'août.
Le gouvernement souligne par ailleurs que les 183 millions de dollars attendus sont déjà intégrés dans les prévisions budgétaires nationales. Un nouveau report obligerait donc l'État à adapter sa gestion de trésorerie afin de garantir le financement des dépenses prioritaires.
Pour conforter sa position, Madagascar met également en avant les bénéfices économiques d'une politique de prévention des crises sociales. Les autorités rappellent qu'une étude du FMI estime qu'un dollar investi dans la prévention des conflits peut générer jusqu'à 103 dollars d'économies dans les pays ayant récemment connu des violences. Cet argument vient renforcer le plaidoyer du gouvernement en faveur d'un maintien temporaire des prix des carburants, considéré comme un instrument de stabilité économique et sociale.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour l'issue des discussions. Si les deux parties poursuivent le dialogue, le gouvernement malgache reste persuadé que le caractère exceptionnel et temporaire du gel des prix, associé aux mesures de compensation budgétaire et aux réformes engagées, permettra de convaincre le FMI de poursuivre son appui financier tout en accompagnant la transition progressive vers un mécanisme d'ajustement des prix à partir de 2027.
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