Changer le discours : l'appel des psychologues tchadiens pour briser le tabou du suicide
À l'occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, l'Association des psychologues tchadiens appelle à transformer le regard et les mots portés sur la détresse psychologique.

Par Temandang Gontran
À l'occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, célébrée ce 10 septembre 2026, l'Association des psychologues tchadiens (APT), sous la houlette de son président Hango Djang Rang et de la docteure Noubarangar Rahmat, psychologue clinicienne, place cette édition sous le thème international : « Changer le discours ». Un appel urgent à transformer la manière de parler, d'écouter et d'agir face à la souffrance psychologique.
Briser le silence et la stigmatisation
Au Tchad comme ailleurs, la détresse psychologique reste trop souvent perçue à tort comme une faiblesse, une honte ou un manque de courage. Les expressions du type « sois fort » ou « c'est un manque de foi » enferment les personnes en détresse dans l'isolement. Les professionnels rappellent qu'une crise suicidaire est l'aboutissement d'une souffrance psychique intense et non une faute morale. Changer le discours consiste ainsi à remplacer le jugement par l'écoute, en permettant à un étudiant, un cultivateur ou un parent d'exprimer sa douleur sans craindre d'être stigmatisé.
Identifier les « discours qui tuent à petit feu »
Les conférenciers ont souligné l'impact destructeur des mots du quotidien. Les paroles qualifiées de culpabilisantes telles que « c'est de ta faute », humiliantes comme « tu ne vaux rien », rejetantes ou comparatives sapent durablement l'estime de soi. Répétés au sein des familles ou des écoles, ces messages peuvent transformer une simple difficulté en un désespoir profond, a éclairé le président de l'APT, M. Hango Djang Rang.
Le pouvoir des mots et l'action concrète
Pour inverser la tendance, la prévention passe par de nouveaux réflexes :
- Favoriser un vocabulaire respectueux Privilégier l'expression « mort par suicide » ou « crise suicidaire traversée » au lieu de termes stigmatisants comme « suicide réussi » ou « un suicidaire ».
- Poser une question sincère Demander « Comment te sens-tu vraiment ? » ne provoque pas le passage à l'acte, mais constitue au contraire une première bouée de sauvetage, a expliqué Dr Noubarangar Rahmat.
- Éduquer et sensibiliser, Apprendre aux jeunes à nommer leurs émotions à l'école, et diffuser des messages d'espoir à travers les médias et les réseaux sociaux.
L'échange entre les invités et le panel a constitué un moment fort de partage de connaissances sur ce sujet qui ronge la société, bien que très peu abordé. Quelques questions d'éclaircissement ont été posées par les journalistes sur les statistiques des cas de suicide et les différents modes opératoires. Les réponses apportées par le panel interpellent l'ensemble de la communauté et lancent un appel pour une sensibilisation collective visant à enrayer cette pratique qui prend de l'ampleur au Tchad.
Face à une urgence de santé publique qui touche l'ensemble de la communauté, les psychologues appellent les décideurs à faire de la santé mentale une priorité nationale, en intégrant la prévention dans les écoles et en formant des écoutants dans chaque région. La souffrance mentale se soigne, et nul ne devrait traverser une telle épreuve dans la solitude, ont-ils alerté à l'occasion de cette journée.