Sampa the Great, la Zambie au cœur d’un nouveau Zamrock
Avec son troisième album, Nu Zamrock, sorti le 30 octobre, la rappeuse et chanteuse zambienne Sampa the Great revisite un courant musical emblématique de son pays. Entre héritage familial, affirmation identitaire et liberté artistique, elle fait dialoguer les générations et réinscrit la création africaine au centre de son récit. Elle aurait pu se contenter de […]
Avec son troisième album, Nu Zamrock, sorti le 30 octobre, la rappeuse et chanteuse zambienne Sampa the Great revisite un courant musical emblématique de son pays. Entre héritage familial, affirmation identitaire et liberté artistique, elle fait dialoguer les générations et réinscrit la création africaine au centre de son récit.
Elle aurait pu se contenter de conquérir les scènes internationales. Sampa the Great choisit plutôt de remonter le fil de ses origines. Avec Nu Zamrock, son nouvel album, l’artiste zambienne explore une histoire musicale qu’elle découvre aussi comme une histoire de famille : son oncle maternel, George Kunda, fut l’un des membres fondateurs de WITCH, groupe pionnier du Zamrock dans les années 1970.
Cette révélation devient le point de départ d’un projet où les guitares psychédéliques, les rythmes du Zamrock et du kalindula rencontrent le hip-hop, la poésie et la soul. Loin de reproduire le passé, Sampa le transforme. Elle revendique un héritage tout en affirmant sa propre voix, dans un album qui parle autant de transmission que d’émancipation.
Une artiste entre plusieurs mondes
Née Sampa Tembo en Zambie et élevée au Botswana, elle part en Australie pour étudier l’ingénierie du son et développer sa carrière musicale. Elle s’y fait connaître par ses mixtapes et son premier album, The Return, publié en 2019. Son travail, salué pour son audace et sa richesse, lui vaut notamment de remporter à deux reprises l’Australian Music Prize, une première pour une artiste.
Son parcours international ne l’éloigne pourtant pas de ses racines. Au contraire, son retour en Afrique et sa reconnexion avec sa famille nourrissent une réflexion sur l’identité, l’appartenance et la place des artistes africains dans une industrie mondialisée. Dans Nu Zamrock, elle interroge aussi les attentes qui pèsent sur les artistes : leur image, leur visibilité et les règles auxquelles ils sont sommés de se conformer.
Réinventer l’héritage
Le Zamrock est apparu dans la Zambie post-indépendance, mêlant rock, funk, psychédélisme et rythmes locaux. Sampa the Great en reprend l’énergie contestataire pour créer un son contemporain, à la fois enraciné et ouvert sur le monde. Elle a également participé à la production de l’album, affirmant une maîtrise plus complète de son univers artistique.
Les titres « Simon Says » et « Canary » dénoncent les injonctions de l’industrie et les tentatives de réduire les artistes à des catégories. D’autres morceaux, plus intimes, évoquent le doute, la résilience et l’apprentissage de l’amour de soi. L’album accueille notamment sa sœur Mwanjé, la chanteuse Sia et le rappeur KAMAUU.
Avec Nu Zamrock, Sampa the Great ne célèbre donc pas seulement une tradition musicale. Elle revendique le droit de la faire évoluer, de la raconter depuis son propre territoire et de transmettre cet héritage à une nouvelle génération. Une démarche qui rappelle que la mémoire culturelle n’est pas figée : elle devient vivante lorsqu’on la réinvente.