Restauration de l’intégrité territoriale: l’Histoire donne raison à Gamou
Dans les annales des guerres asymétriques qui déchirent notre pays et l’ensemble du Sahel depuis quinze ans, rares sont les figures qui parviennent à s’élever au-dessus des lignes de faille identitaires pour incarner une idée immuable de l’État. Le général de division Aladj Ag Gamou est de cette trempe. Alors que notre pays panse ses […]
Dans les annales des guerres asymétriques qui déchirent notre pays et l’ensemble du Sahel depuis quinze ans, rares sont les figures qui parviennent à s’élever au-dessus des lignes de faille identitaires pour incarner une idée immuable de l’État. Le général de division Aladj Ag Gamou est de cette trempe. Alors que notre pays panse ses plaies, au gré des mutations sécuritaires complexes de ce mois d’octobre 2026, une interview historique accordée en 2012, au moment même où les régions du Nord s’effondraient sous les coups conjugués des indépendantistes et de leurs alliés terroristes, ressurgit sur les réseaux sociaux. Elle jette une lumière crue, presque prophétique, sur les ressorts profonds de cette guerre d’usure qui nous est imposée.
À l’époque simple colonel au front, cet officier supérieur touareg issu de la communauté imghad prononçait une phrase qui résonne aujourd’hui avec une force intacte : « Je n’ai pas d’autre agenda en dehors du Mali. » Face au cynisme des opportunistes armés, cette profession de foi n’a jamais dévié. En analysant les propos tenus en 2012 à l’aune des réalités sécuritaires contemporaines, Info-Matin tente de dévoiler comment un homme avait anticipé, avec quatorze ans d’avance, la trajectoire d’une rébellion mercenaire et la reconfiguration des trahisons sahéliennes.
L’illusion d’une rébellion politique
En 2012, lorsque le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) s’empare des principales agglomérations du Nord, les chancelleries occidentales et certains analystes se laissent séduire par le récit romantique d’une révolte menée au nom des droits des minorités. Sur le terrain, la réalité vécue par le colonel Ag Gamou est radicalement différente. Interrogé sur sa réaction face à ce soulèvement, il répond sans concession : « À mon avis, ce n’est pas une rébellion qui lutte pour les droits du Nord ou de la population touarègue, et elle ne représente pas non plus les Touaregs. Ce sont des gens qui se sont retrouvés et qui ont d’autres agendas. » Pressé par le journaliste de préciser ce qu’il entend par « d’autres agendas », le gouverneur de Kidal assène une vérité qui s’avérera le fil conducteur des quatorze années suivantes : « Je ne sais pas. Ce sont des gens qui cherchent vraiment à faire de l’argent. Si vous voyez leurs traces dans le Nord du Mali, les gens qui ont commencé par les hôpitaux et les écoles… ce ne sont pas, quand même, des gens qui veulent avoir et construire un pays. »
Le long terme n’a-t-il pas confirmé ce diagnostic précoce ? Ce qu’Aladj Ag Gamou qualifiait d’économie de pillage s’est structurellement financiarisé. Le MNLA de 2012, devenu par la suite la CMA, puis le CSP-PSD, avant de se reconfigurer récemment en Front de libération de l’Azawad (FLA), s’est transformé en une véritable entreprise criminelle transfrontalière. Selon les sources sécuritaires citées dans le débat public, le contrôle des sites d’orpaillage clandestins, le racket des convois humanitaires, les rançons liées aux enlèvements et le trafic de stupéfiants constituent le véritable moteur idéologique de ces factions. Les images de centres de santé dévastés et de marchés publics saccagés, diffusées sur les réseaux sociaux en ce mois d’octobre, confirment les propos de Gamou : on ne bâtit pas un État en détruisant les infrastructures vitales de son propre peuple.
Le mythe de l’abandon et la réalité de la gestion locale
L’un des arguments les plus tenaces des mouvements séparatistes pour légitimer leur prise d’armes est le prétendu délaissement socio-économique du Nord par le pouvoir central de Bamako. C’est ce récit de victimisation que le journaliste soumet au colonel Gamou en 2012. La réponse de l’officier remet en question ce récit avec précision, en s’appuyant sur les réalités institutionnelles issues des précédents accords de paix : « Pour moi, ce n’est pas vrai parce que, depuis le Pacte national, les régions du Nord du Mali sont gérées par des ressortissants du Nord. Tous les députés, tous les élus, et même les responsables de la sécurité, dans les régions du Nord, sont des Touaregs et des Arabes du Nord. »
Par ces mots, Ag Gamou rappelle une réalité historique souvent occultée : le Nord du pays n’était pas administré par une force d’occupation lointaine, mais par ses propres fils. Les portefeuilles ministériels, les commandements militaires régionaux et les budgets de décentralisation étaient aux mains des élites locales. Selon cette analyse, l’échec de la gouvernance ne relevait donc pas d’un apartheid d’État ou d’un abandon planifié, mais d’un détournement des ressources par une oligarchie militaro-tribale qui préférait brandir le spectre de la rébellion plutôt que de rendre des comptes sur l’absence d’écoles opérationnelles et d’hôpitaux viables.
Pour Gamou, le mal dont souffre le septentrion malien n’est pas de nature ethnique. C’est une crise structurelle partagée par l’ensemble de la nation. À la question de savoir s’il existe un « problème touareg » spécifique, il répond avec hauteur de vue : « S’il y a un problème au Nord du Mali, c’est un problème qui concerne tout le Mali. […] Oui, c’est un problème de développement, et tout le Mali est confronté à ce problème. Pas seulement le Nord du Mali. »
Jusqu’au dernier centimètre : la doctrine de la reconquête territoriale absolue
Pour comprendre la ténacité dont fait preuve le général Ag Gamou, il faut revenir à la fin de cette interview de 2012. Le journaliste le pousse dans ses retranchements de soldat en l’interrogeant sur sa détermination à reprendre Kidal, alors sanctuaire des rebelles. Sa réponse fuse, brute et sans fioritures : « Bien sûr, bien sûr, même au-delà de Kidal, jusqu’au dernier mètre, jusqu’au dernier centimètre du territoire malien. »
Cette déclaration constitue l’acte de naissance de ce qui deviendra la doctrine militaire des Forces armées maliennes (FAMa), fondée sur la reconquête territoriale. Quatorze ans plus tard, l’histoire bégaie. Les développements survenus au début du mois d’octobre 2026 démontrent que cette ambition territoriale n’a pas varié d’un iota. L’armée malienne vient de réinvestir Kidal à la suite du retrait des groupes armés, illustrant la continuité de cette lutte pour la souveraineté complète. Pour Ag Gamou, la frontière républicaine n’est pas négociable et le territoire national forme un tout indivisible.
C’est cette clarté doctrinale qui a permis de dissiper les doutes qui pesaient parfois sur lui. En 2012, les milieux politiques de la capitale s’interrogeaient sur la loyauté réelle de cet officier touareg, qui commandait des troupes composées majoritairement de ses pairs. Le journaliste s’en fait l’écho : « Est-ce que Bamako ne doit pas aussi se méfier de vous ? » Gamou répond avec l’assurance de celui dont l’engagement se passe de gages : « Non. Je pense que la confiance est là. Si Bamako n’avait pas confiance en Aladj Ag Gamou, Aladj Ag Gamou ne serait pas là aujourd’hui. »
Le temps a validé cette assurance. Face aux suspicions, l’officier a opposé une fidélité de sang et de fer, refusant de céder aux sirènes de la désertion qui ont emporté tant de ses anciens frères d’armes.
Le pacte de sang de 2026 : l’épreuve du feu et le sacrifice républicain
L’année 2026 restera dans l’histoire militaire de notre pays comme celle du test ultime pour le général Ag Gamou, nommé gouverneur de la région de Kidal en novembre 2023 par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Le 25 avril 2026, la ville a été le théâtre d’une attaque d’une violence extrême, menée par des groupes terroristes internationaux. Une alliance de circonstance que Gamou avait prédite dès 2012 en évoquant « d’autres agendas » s’est matérialisée au grand jour : les séparatistes du FLA ont coordonné leurs assauts avec les terroristes du JNIM, affiliés à Al-Qaïda. Plus de 2 000 combattants lourdement armés auraient fondu sur la cité.
Retranché dans le gouvernorat avec une unité réduite, le général Gamou a personnellement dirigé les combats et opposé une résistance héroïque. Malgré la destruction de ses véhicules et d’intenses campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux annonçant sa capture ou sa mort afin de briser le moral des troupes, l’officier a organisé un repli tactique vers Gao. À peine exfiltré, il a refusé toute idée de capitulation et qualifié l’attaque d’offensive terroriste internationale de grande ampleur, réaffirmant son allégeance indéfectible à la patrie.
Cette résilience s’inscrit dans une dynamique sociologique ancrée localement. Si Gamou défend la République avec une ferveur patriotique incontestable, son combat est aussi celui de la justice au sein du monde touareg. En menant les Touaregs imghad sous la bannière républicaine, notamment par l’intermédiaire du GATIA, fondé en 2014, il remet en question le monopole traditionnel des Ifoghas, associés à plusieurs rébellions successives. Son patriotisme apparaît ainsi comme le point de rencontre entre la fierté d’une communauté loyaliste et la foi en un Mali unitaire.
Un phare de fidélité dans la tempête du siècle
Aujourd’hui, le théâtre des opérations dans le Nord du Mali a changé d’échelle. Le conflit s’est fortement internationalisé, avec l’utilisation de drones de surveillance et la participation opérationnelle d’instructeurs paramilitaires russes d’Africa Corps aux côtés des FAMa. Pourtant, au milieu de cette guerre technologique et géopolitique, la figure du général Aladj Ag Gamou demeure un repère moral important.
L’interview de 2012 n’était pas une simple déclaration médiatique de circonstance, mais la charte de vie d’un soldat qui avait compris que l’argent issu du trafic et du sang ne construirait jamais une nation. En refusant de marchander son allégeance et en plaçant l’unité de sa patrie au-dessus des intérêts immédiats, le général de division Aladj Ag Gamou s’est imposé comme un serviteur de la République. Face aux groupes armés dont les motivations sont présentées ici comme guidées par l’appât du gain, l’officier de Kidal oppose ce qu’il considère comme la seule richesse qui vaille pour un soldat : l’honneur du drapeau et le salut de la République.
PAR LA RÉDACTION