Tchad : le peuple n’y croit plus, à quoi servent encore les institutions ?
La confiance envers les institutions s'effrite, menaçant le vivre-ensemble. Restaurer ce lien exige transparence, dialogue et exemplarité pour éviter une rupture définitive entre citoyens et pouvoir.

Par Barra Lutter
Il fut un temps où la parole de l’État avait du poids, où les institutions incarnaient un repère, sinon une certitude. Aujourd’hui, ce lien semble s’effriter. La question n’est plus de savoir si la confiance vacille, mais jusqu’à quel point elle s’est fissurée.
Au Tchad, comme dans bien d’autres sociétés, le citoyen observe, compare et juge. Il voit des promesses répétées, rarement tenues. Il constate des décisions prises sans explication claire, des politiques publiques qui peinent à produire des effets visibles sur son quotidien. À force de décalage entre discours et réalité, la crédibilité s’use. Et quand la parole publique perd sa valeur, c’est tout l’édifice institutionnel qui tremble.
La défiance ne naît pas du vide. Elle s’alimente d’expériences concrètes : services publics défaillants, accès inégal à la justice, sentiment d’impunité pour certains et de rigueur excessive pour d’autres. Le citoyen finit par se demander s’il est réellement au cœur des priorités. Et lorsqu’il ne se sent ni écouté ni protégé, il se détourne. La distance devient alors rupture.
Plus grave encore, cette perte de confiance fragilise le vivre-ensemble. Une société où les institutions sont perçues comme lointaines ou partiales devient une société vulnérable aux tensions, aux replis identitaires et aux discours extrêmes. Car lorsque les canaux officiels ne convainquent plus, d’autres voix, souvent plus radicales, occupent le terrain.
Faut-il pour autant conclure à une rupture définitive ? Ce serait aller trop vite. La confiance, même abîmée, n’est pas irréversible. Mais elle ne se décrète pas. Elle se construit, patiemment, à travers des actes concrets. Elle exige de la transparence, de la cohérence et du courage politique. Dire la vérité, même lorsqu’elle dérange. Assumer les erreurs. Rendre des comptes.
Il est également urgent de réhabiliter l’écoute. Trop souvent, le citoyen est perçu comme un spectateur, alors qu’il doit être un acteur. Restaurer la confiance suppose d’ouvrir de véritables espaces de dialogue, où la parole n’est pas simplement tolérée, mais prise en considération. Sans cela, toute tentative de rapprochement restera superficielle.
Enfin, les institutions doivent redevenir exemplaires. L’exemplarité n’est pas un luxe, c’est une exigence. Elle seule peut inverser la tendance et redonner du sens à l’autorité publique. Car une institution respectée n’est pas celle qui impose, mais celle qui inspire.
La confiance entre citoyens et institutions n’est peut-être pas totalement rompue, mais elle est indéniablement fragilisée. Et plus l’on tarde à la reconstruire, plus le fossé se creuse. La véritable urgence n’est donc pas de défendre les institutions telles qu’elles sont, mais de les transformer pour qu’elles méritent à nouveau la confiance de ceux qu’elles sont censées servir.