Mise en accusation d'Andry Rajoelina : Fanirisoa Ernaivo met la pression sur l'Assemblée nationale

Le dossier de la mise en accusation de l'ancien président Andry Rajoelina s'invite officiellement au cœur de la nouvelle session parlementaire ordinaire ouverte mardi à Tsimbazaza. La ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a déclaré devant la presse avoir personnellement insisté auprès du président de l'Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, afin que cette affaire soit inscrite à l'ordre du jour et traitée en priorité. « Cette » affaire doit être examinée rapidement », (…) - Société

Mise en accusation d'Andry Rajoelina : Fanirisoa Ernaivo met la pression sur l'Assemblée nationale

Le dossier de la mise en accusation de l'ancien président Andry Rajoelina s'invite officiellement au cœur de la nouvelle session parlementaire ordinaire ouverte mardi à Tsimbazaza. La ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a déclaré devant la presse avoir personnellement insisté auprès du président de l'Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, afin que cette affaire soit inscrite à l'ordre du jour et traitée en priorité.

« Cette » affaire doit être examinée rapidement », a-t-elle martelé devant les journalistes en marge de la cérémonie d'ouverture de la session hier. Selon la garde des Sceaux, il n'est pas question d'attendre la fin de la session parlementaire, prévue pour durer environ deux mois.
Cette offensive judiciaire et politique vise directement l'ancien chef de l'Etat Andry Rajoelina, déjà fragilisé depuis son départ en exil après l'arrivée au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina en octobre 2025.

Une procédure encadrée par la Constitution

La Constitution de la IVe République prévoit effectivement une procédure particulière pour juger un président de la République ou les hauts responsables de l'Etat. Les articles 131 et 133 disposent notamment que le président de la République, les présidents des Assemblées parlementaires, le Premier ministre ou encore les membres du gouvernement ne peuvent être poursuivis pour des actes liés à l'exercice de leurs fonctions qu'à travers une procédure de mise en accusation devant la Haute Cour de Justice.

Le texte fondamental précise que le président de la République « n'est responsable des actes accomplis dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions qu'en cas de haute trahison ou de violation grave et répétée de la Constitution ».

Avant toute saisine de la Haute Cour de Justice, la mise en accusation doit obligatoirement passer par l'Assemblée nationale. La loi organique relative à la Haute Cour de Justice indique d'ailleurs qu'une résolution de mise en accusation visant un président de la République doit être adoptée à la majorité des deux tiers des députés.

Des précédents restés sans suite

Dans les faits, plusieurs tentatives de poursuites contre d'anciens hauts responsables de l'Etat ont déjà échoué par le passé. Depuis la mise en place de la Haute Cour de Justice, plusieurs dossiers visant des anciens ministres et hauts fonctionnaires ont été transmis à l'Assemblée nationale sans jamais aboutir.

Les blocages politiques, les calculs partisans ainsi que les problèmes de quorum ont souvent empêché l'adoption des résolutions nécessaires à la mise en accusation. Plusieurs observateurs rappellent également la réticence de nombreux députés à créer des précédents susceptibles de se retourner un jour contre eux-mêmes ou leurs alliés politiques. Fanirisoa Ernaivo affirme vouloir éviter ce scénario. La ministre de la Justice semble déterminée à accélérer le traitement du dossier de mise en accusation d'Andry Rajoelina et à empêcher un enlisement parlementaire, elle n'a toutefois pas fait mention des mises en accusation de plusieurs hauts responsables de l'Etat suspectés de malversations en attente depuis plusieurs années.

« D'autres moyens » contre l'ancien président

Fanirisoa Ernaivo, qui s'est souvent présentée comme l'une des principales adversaires politiques d'Andry Rajoelina, a toutefois laissé entendre que l'échec éventuel de la mise en accusation à Tsimbazaza ne mettrait pas fin aux poursuites envisagées contre l'ancien président.

Elle a notamment évoqué la possibilité de poursuites pour « usurpation de fonction ». Selon ses explications, Andry Rajoelina n'aurait jamais dû exercer les fonctions de président de la République en raison de la question de sa nationalité.

Le gouvernement de Herintsalama Rajaonarivelo a en effet prononcé, après le changement de régime d'octobre 2025, la levée de la nationalité malgache de l'ancien chef de l'Etat. Les autorités ont justifié cette décision par l'acquisition de la nationalité française par Andry Rajoelina en 2014, sous le gouvernement français de Manuel Valls.

Cette affaire de double nationalité avait déjà alimenté de vives polémiques politiques avant même la chute du régime Rajoelina, sans toutefois empêcher l'ancien président d'exercer le pouvoir ni de participer aux élections présidentielles.

Une offensive judiciaire encore sans résultats concrets

Depuis plusieurs mois, Fanirisoa Ernaivo multiplie les déclarations publiques sur de possibles poursuites contre Andry Rajoelina. La ministre a même évoqué à plusieurs reprises l'éventualité d'actions judiciaires au niveau international. Cette nouvelle initiative devant l'Assemblée nationale pourrait ainsi constituer un test politique majeur pour le nouveau pouvoir. Elle permettra également de mesurer la capacité des nouvelles autorités à transformer leurs annonces judiciaires en actions effectives.

Reste désormais à savoir si les députés dont la majorité a été élue sous la bannière de la plateforme avec Rajoelina, MAPAR, accepteront d'ouvrir la voie à une procédure historique devant la Haute Cour de Justice, dans un contexte politique toujours marqué par les profondes divisions héritées de la crise de 2025.

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