Michaël Randrianirina : « Il faut changer beaucoup de choses à Madagascar »

« C'est le moment ou jamais de changer beaucoup de choses à Madagascar. » Après son allocution devant la 81e Assemblée générale des Nations Unies, le colonel Michaë l Randrianirina, président de la Refondation, a dressé un constat sévère de la situation du pays dans un entretien accordé à ONU Info. Pauvreté, corruption, crises politiques à répétition, institutions, Constitution, élections, eau, électricité ou encore emploi des jeunes : il estime que la réponse ne peut se limiter à une simple (…) - Politique

Michaël Randrianirina : « Il faut changer beaucoup de choses à Madagascar »

« C'est le moment ou jamais de changer beaucoup de choses à Madagascar. » Après son allocution devant la 81e Assemblée générale des Nations Unies, le colonel Michaë l Randrianirina, président de la Refondation, a dressé un constat sévère de la situation du pays dans un entretien accordé à ONU Info. Pauvreté, corruption, crises politiques à répétition, institutions, Constitution, élections, eau, électricité ou encore emploi des jeunes : il estime que la réponse ne peut se limiter à une simple transition.

Pour expliquer la nécessité de cette Refondation, le colonel Michaël Randrianirina commence par regarder le chemin parcouru depuis l'indépendance. Son constat est particulièrement critique. « Madagascar est indépendant depuis 65 ans. Mais le pays [...] ne cesse de dégringoler, ne cesse de s'appauvrir de jour en jour », affirme-t-il. « Sur 33 millions de Malgaches, 75 à 80 % sont pauvres à Madagascar », avance le président de la Refondation.

C'est précisément cette situation qui justifie, selon lui, l'ampleur des changements envisagés. « On a décidé d'appeler cette période “refondation” parce que c'est le moment ou jamais de changer beaucoup de choses à Madagascar », explique-t-il. Pour le colonel Michael Randrianirina, il faut notamment comprendre pourquoi le pays reste confronté à des crises politiques cycliques. Il relève que les présidents successifs « ne dépassent même pas sept ans » au pouvoir et cite les cas de Marc Ravalomanana et d'Andry Rajoelina.

À ce diagnostic politique s'ajoute celui de la corruption, que le président de la Refondation désigne comme l'une des causes de la pauvreté. « Pourquoi la corruption subsiste à Madagascar ? Pourquoi la corruption fait rage à Madagascar ? Parce que c'est la corruption qui fait que le pays soit pauvre », affirme-t-il, avant de lâcher : « C'est la misère, c'est la misère. »

Pour sortir de cette situation, le colonel Michaël Randrianirina veut commencer par le dialogue. « Il faut se parler entre nous, Malgaches », insiste-t-il. Après une consultation politique menée pendant huit jours, une concertation nationale doit se poursuivre sous la conduite des Églises du FFKM, avec l'objectif d'aboutir à « une structure acceptée par tous » et susceptible, selon lui, d'éviter de nouvelles crises politiques. « Donc, c'est plus qu'une transition : une refondation », résume-t-il.

Cette volonté de changement doit notamment toucher les règles électorales. Le colone Michaël Randrianirina maintient l'objectif d'organiser des élections en 2027. « C'est mon souhait le plus cher, parce que moi, je suis un homme de parole », affirme-t-il. Une restitution des consultations est envisagée au cours du mois de novembre, avant l'élaboration d'un nouveau cadre électoral. Le président de la Refondation estime que « le dernier Code électoral n'est plus crédible et fait débat aussi ».

La Commission électorale nationale indépendante est également concernée. « Elle n'est pas crédible aux yeux des politiciens malgaches et du peuple malgache », déclare-t-il. Sa composition ou son fonctionnement pourrait donc être revu à partir des conclusions des consultations. Un référendum constitutionnel est également annoncé pour 2027. « Je crois à notre calendrier. Je crois qu'on va arriver à organiser une élection en 2027 », assure le colonel Michael Randrianirina.

La transformation voulue ne doit cependant pas rester limitée à Antananarivo. La concertation nationale doit partir des fokontany, avant de remonter vers les communes, les districts et les régions, puis aboutir à une rencontre nationale dans la capitale. « Je pense donc que tout le monde aura la possibilité d'exprimer son point de vue et de faire passer son message à l'État », explique le président de la Refondation.

Mais le changement institutionnel se déroule dans un pays confronté à des urgences quotidiennes. Sur ce point, le colonel Michael Randrianirina ne cherche pas à atténuer ses mots : « Madagascar vit ce qu'on appelle une misère, une misère vraiment honteuse. Mais il faut le dire, il ne faut pas cacher la réalité. »

Eau et électricité figurent en première ligne. Ces difficultés avaient notamment alimenté le soulèvement de la génération Z du 25 septembre 2025. « Il faut répondre aux problèmes d'électricité et d'eau », reconnaît-il. Il cite également l'état des routes et la nécessité de construire des hôpitaux et des écoles. Pour le moment, admet-il, le gouvernement répond principalement aux urgences avant de pouvoir engager une politique plus durable.

« On essaie de colmater tout ce qui a été détruit avant », résume le colonel Michael Randrianirina. Dans le Sud et le Sud-Ouest, les dispositifs d'aide existants sont maintenus afin que les populations puissent « manger chaque jour, envoyer leurs enfants à l'école et se faire soigner à l'hôpital ». « On essaie de colmater. C'est ce qui se passe actuellement », reconnaît-il.

La question de la jeunesse occupe également une place centrale dans cette volonté de changement. Un an après le soulèvement, le président de la Refondation reconnaît que « les jeunes ne se sentent pas en sécurité ». Il pointe notamment le manque d'emplois décents. « On ne va pas trouver en douze mois des emplois décents pour tous ces jeunes », admet-il.

Le colonel Michaël Randrianirina reconnaît également le décalage entre certaines aspirations exprimées dans la rue et la situation politique actuelle. « Lorsqu'ils sont descendus dans la rue il y a un an, ils ont dit : “On n'a pas besoin des politiciens.” Mais actuellement, ce sont les politiciens qui dirigent, ce ne sont pas les jeunes », constate-t-il.

Il assure toutefois vouloir leur donner une place particulière dans la Refondation. Les jeunes ont été consultés séparément des responsables politiques et de la société civile afin « qu'ils puissent s'exprimer librement » devant lui. Ils devront également être « massivement représentés » lors de la concertation nationale.

Leur message, rapporte le président de la Refondation, porte justement sur la nécessité de transformer le système avant de retourner aux urnes. « Les jeunes ont revendiqué à l'unanimité qu'il ne fallait pas se précipiter vers l'élection présidentielle. Il faut tout d'abord changer la structure, donc la Constitution », affirme-t-il. Le colonel Michaël Randrianirina dit avoir entendu cette position devant quelque 2 000 jeunes, qui souhaitent selon lui un référendum constitutionnel avant les élections.

Reste la question de la capacité de cette Refondation à rompre avec les précédentes crises politiques. Interrogé par ONU Info sur ce qui garantit que cette fois sera différente, le colonel Michaël Randrianirina répond : « C'est ma bonne foi. C'est tout. »

Il reconnaît dans le même temps que « la corruption fait encore rage actuellement » et affirme que sa volonté de changer le pays l'expose personnellement. « Je risque ma vie tous les jours parce que tout le monde n'est pas d'accord avec ce que je fais », déclare le président de la Refondation. Malgré ces difficultés, il assure vouloir poursuivre ce qu'il présente comme son objectif : conduire Madagascar vers « la refondation, la véritable refondation ».

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